lundi 23 avril 2012

Le facteur Chill & la raison


Part 2 : Musique normale


La musique normale nous a tous bouleversé à
certains moments de notre vie
Quand on écoute quelque chose de différent, à mon avis, il faut pas que ça nous perturbe trop. On choisit seulement, parfois, d'aller plus loin dans l'obscurité. C'est un autre facteur qui me fait aimer quelque chose, la familiarité que j'ai avec la musique.

Ça peut être que je veux devenir pote avec le leader. C'est le cas pour des gens comme Jonathan Richman, qui est maintenant tellement mon pote que je m'identifie à tout ce qu'il chante, tout le temps. Même pour des chansons comme "Homewrecker" (le titre est assez explicite), qui parlent d'expériences qui me sont inconnues, je le comprends. C'est intime, c'est mélodique, c'est expressif, et c'est un artiste vers lequel je me suis naturellement dirigé après avoir appris à aimer Adam Green ou les Moldy Peaches. Je ne connais pas forcément sa vie, ni son histoire, mais sa présence sur les vidéos que j'ai vu sur youtube et sa voix véhicule toute sa vie.

C'est ce qui m'amène un peu à penser que l'appréciation de certaines choses passe par paliers. On ne part pas de Balavoine pour aller directement vers Christian Death, pas moi en tout cas. C'est plutôt Balavoine/Hendrix/The Cure/Joy Division/Christian Death. C'est là que la période Dad Rock est, à mon avis, primordiale dans n'importe quelle "éducation" musicale. C'est accessible, il y en a autour de nous au collège ou au lycée, dans la discographie de nos parents (duh). À partir d'un moment, on s'écarte vers plus d'obscurité. Le dernier stade est sûrement la noise, mais je ne sais pas trop, je n'en suis pas là, c'est peut-être les chants grégoriens. Quand on entre dans le Dad Rock, après une enfance où on ne s'intéresse pas du tout à la musique (on l'apprécie, mais on ne l'adore pas) on est surpris, mais pas trop destabilisé.


En attendant, la fin de la période Dad Rock appelle à être bousculé dans ses habitudes d'écoute. On m'a parlé d'expériences avec le Shoegaze commençant en n'entendant que du bruit, puis par finir par discerner ce qui nous plaît dans ce gros "pfffrooooo". Mais la façon dont ça sonne est quand même très secondaire dans ce qu'on découvre en sortant du Dad Rock. On veut surtout marquer sa différence, l'appartenance à un groupe caché. GG Allin, en soi, c'est pas super. C'est très différent, mais c'est surtout dangereux. Et puis, à un moment, on se pose la question : "Est-ce que ce que j'écoute vaut vraiment le coup? Est-ce que j'écoute de la merde parce que c'est cool?"

"J'ai eu ce problême avec Daniel Johnston. Je me suis demandé si j'étais con d'aimer des choses aussi simples que ça, mal enregistrées. Si les émotions que je ressentais en entendant ça étaient réelles, si je n'étais pas qu'un petit con qui voulait se trouver une passion. Puis aujourd'hui, j'ai la réponse (la mienne) : rien ne vaut la peine d'être entendu. Il n'y a pas trop de choses à écouter. Le "surchoix", ça n'existe pas. On trouve des trucs, qui nous plaisent ou non, mais au final, ça n'a pas d'importance si on n'écoute pas la dernière merde qui vient de leaker. C'est vraiment dommage que la radio soit nulle, que toujours les mêmes chanteurs de merde tournent en boucle toute la journée. J'ai l'image de la radio comme quelque chose qu'on branche, puis qu'on apprécie, si on a de la chance. On est obligé de chercher la musique, et c'est vraiment pas pratique. Mais du coup, la recherche devient super intéressante, et tu peux en parler avec tout le monde, partager, ou continuer à écouter tout seul, dans son coin, ça n'a plus d'importance. Et qu'on soit orientés parce que un artiste est "cool", quelle importance? Toutes les musiques se valent, ça résonne seulement différemment selon qui l'écoute. J'essaie de garder en tête néanmoins qu'il faille que je sois un peu plus obscur que les autres, parce que c'est intéressant pour moi."

C'est un autre stade, à mon avis. Et je suis en plein dedans. Je ne fais pas de hiérarchie selon les genres, toutes les musiques ne se valent pas, mais seulement de mon point de vue. Écoutez du Math Rock, si vous voulez, je m'en fous. Ne me retirez pas le fruit de ma recherche.


Le facteur chill, là, prend une importance non négligeable. Parce que ce qui est chill, ce n'est pas forcément cool, mais ça destabilise. Pour revenir à Radiohead, je ne suis pas destabilisé en écoutant. C'est de la musique "normale", après toutes mes périgrinations sur internet. Mais c'est anormal pour moi d'écouter ce genre de trucs, alors je suis destabilisé. Je suis clair?

Toujours est-il que le facteur de la familiarité est difficile pour moi à définir. Je ne sais pas vraiment ce qui me rapproche de certains groupes, hormis le fait que je voudrais devenir comme eux (il y a beaucoup d'exemples, ça peut remonter très loin, avant la musique que je découvre sur internet). Ce n'est pas l'attraction sexuelle, parce que coucher avec le leader, ça signifie qu'on ne comprend rien à sa musique. Tout ça est peut-être trop compliqué, mais il faut régulièrement, selon moi, changer ses habitudes d'écoute. On peut être bouleversé par Brassens ou Bashung, et à mon âge, c'est presque normal. J'essaie d'être destabilisé dans l'autre sens, plus loin dans ce que je n'arrive pas à encore à saisir. Je ne sais pas vraiment quand je cesserai d'aimer ça.


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